Fin de la seconde consultation sur la vie cultuelle de la CEPE

« Des portes vitrées au lieu de planches en bois » Et: Dieu n’a pas besoin de victime

La seconde consultation de la CEPE sur la vie cultuelle et liturgique sous le titre « Donné pour vous – et quel en est le bénéfice pour nous? » a eu lieu du 9 au 11 novembre à Vienne. Elle donnait suite à l’idée fondamentale de la Concorde de Leuenberg (1973), selon laquelle la communion ecclésiale se manifeste dans la communion cultuelle et eucharistique. 50 participants, experts en liturgie et musique sacrée, provenant de 15 pays européens et de 28 Églises, n’ont pas seulement discuté de questions théologiques relatives à la Sainte Cène, mais ont également célébré des cultes eucharistiques en commun. Ce faisant, ils et elles ont donné suite au vœu formulé par la première consultation de ce type (Hildesheim 2014), accentuant ainsi à la fois l’élément festif et l’exercice  pratique.

La date concrète de la consultation coïncidait avec la commémoration de la nuit des cristaux du 3ème Reich (9 novembre), mais également avec l’annonce des résultats des élections présidentielles aux États-Unis, et encore avec le premier anniversaire des attentats de Paris à la salle des concerts du Bataclan. Il n’était évidemment pas possible de célébrer l’eucharistie en évacuant  de pareilles situations et développements difficiles de notre champ d’horizon.    Bien au contraire, les participants ont puisé force et confiance dans cette référence. La pluralité des diverses liturgies eucharistiques présentées dans ce contexte n’était pas seulement un facteur enrichissant sur le plan théologique, mais a aussi contribué à un vécu liturgique extrêmement dense: Nous sommes un seul corps du Christ, porté par l’Évangile. La pluralité confessionnelle, régionale et linguistique des participants à la consultation s’est ici révélé être un facteur extrêmement porteur.

Le professeur émérite, Dr Wilfried Härle, a thématisé dans son exposé le lien entre la Cène et la mort sacrificielle du Christ, tout en s’efforçant de construire un pont entre ces affirmations et une compréhension qui parle davantage à nos contemporains (marqués par la sécularisation). Sommes-nous vraiment tous de si abominables pécheurs ? Dieu demande-t-il, voire a-t-il besoin d’une victime?  Et en fait, qui sacrifie quoi, et à qui? Des questions externes relatives à la célébration de la Cène, comme celle concernant l’utilisation de « véritables » calices seraient à résoudre au cas par cas, les objections étant à respecter d’où qu’elles viennent. Le noyau de la célébration eucharistique est le don inconditionnel de Dieu aux hommes par Jésus Christ. Son message est le suivant: C’est Dieu qui nous réconcilie, ce n’est pas nous qui le réconcilions, C’est ainsi que le salut nous est donné.

Diverses questions pratiques et actuelles ont été traité dans le cadre d’ateliers: Pour quelle raison est-il évident que les enfants sont eux aussi invités à la table de communion, et de quelle manière parvenons-nous à leur faire comprendre la signification essentielle de la Cène? Comment façonner nos célébrations pour les rendre accessibles sur le plan linguistique et poétique? Où est-il nécessaire de prévoir une rénovation, voire un débarras des formes usuelles? Il apparaît notoire que ce sont les paroles d’institution qui confèrent à la célébration eucharistique son caractère unique et inimitable, malgré tout le respect pour la pluralité des formes. Ces paroles contiennent la promesse que Dieu se tient entièrement à nos côtés.  

En voici d’autres questions qui ont surgi: Est-il réellement possible d’atteindre tous les humains par la Sainte Cène? Comment faire preuve d’ouverture d’esprit tout en agissant de manière responsable sur le plan théologique? Comment entendons-nous l’affirmation selon laquelle « L’invitation de Dieu s’adresse à tous »? Qui sont ces « tous »? Tous les confirmés, tous les baptisés, tous les humains? Le baptême, respectivement l’instruction catéchétique sont-ils une condition pour y participer ou le désir d’y participer est-il « suffisant »? C’est aussi la question de la confession des péchés qui a été abordé en relation avec l’admission à la Cène, en étant conscient que de nombreuses communautés évangéliques tiennent à conserver ce lien. Mais les participants étaient unanimes à dire que la Sainte Cène offre une grande richesse d’aspects théologiques et que l’accent mis sur la question de la culpabilité et la rémission des péchés n’est pas la seule perspective.  

On a également discuté les notions de « célébration » et de fête, car il fallait bien admettre que la situation de la Sainte Cène, indépendamment du thème du culte respectif, est souvent marquée par une atmosphère sombre. « La tonalité tout entière sent le Vendredi Saint », disait une participante, alors qu’on pourrait tout aussi bien chercher son inspiration dans la scène d’Emmaüs, et non exclusivement dans celle du dernier repas. C’est ici que l’on a également fait référence à l’importance de la musique, même si ce n’était pas le seul contexte pour en parler. L’ouverture du trésor musical à des modes populaires dans une perspective pascale était carrément considérée comme  impérative. On a d’ailleurs largement utilisé le livre de chants nouvellement paru « Freitöne » dans le cadre de la consultation et des célébrations. Mais les célébrants ont également introduit des chants en provenance de leurs Églises et pays respectifs (beaucoup de ces chants existent déjà dans plusieurs langues).

Mme Luzia Sutter Rehmann, professeure suisse du Nouveau Testament, a invité les participants à la consultation cultuelle à un pèlerinage biblique à travers divers récits de repas communs. Elle a su ainsi démontrer qu’au temps de l’activité de Jésus, voire au cours de tout le premier siècle, sévissait la famine, où pour utiliser l’expression choisi par Mme Sutter Rehmann, « c’était une période d’après-guerre permanente ». Les émeutes et la mauvaise gestion sous le règne des Hérodiens et des Romains ainsi que le désintérêt manifeste des autorités pour les conditions de vie des populations ont forcé la plupart des habitants de l’époque à se préoccuper essentiellement de leur subsistance alimentaire. « Ne faites pas l’impasse sur les besoins corporels! », disait Mme Sutter Rehmann en référence à la question de la Sainte-Cène. Il faut prendre au sérieux la faim corporelle et le partage des aliments dont on dispose. Il serait faux de spiritualiser immédiatement en parlant de nourriture spirituelle. Partager le repas les uns avec les autres est une expérience vitale et fondamentale. Le contraire est également vrai : celui qui n’est pas en mesure de « gagner son pain » est souvent obligé à quitter sa ville et son pays, pour chercher sa pitance ailleurs.  

Qu’est-ce qui reste d’une telle consultation sur le thème de la « Sainte Cène » qui mérite d’être conservé, à part bien sûr les impressions personnelles très fortes et les multiples contacts nouveaux?  

Les Églises auront à affronter la question délicate de l’ouverture d’accès à la Cène.  Dans une première étape il peut être utile de commencer par l’aménagement de l’espace dans les églises et leur architecture. Comme le disait une déléguée écossaise: « Chez nous, une paroisse après l’autre enlève les portes d’entrée séculaires en bois massif pour les remplacer par des portes vitrées qui permettent la vision de l’intérieur de l’édifice. » Toutes les paroisses qui ont adopté cette mesure connaissent une meilleure fréquentation du culte. Les délégués danois souhaitent traduire un maximum de chants nouveaux en danois, à part leur désir de poursuivre leur travail de rédaction d’un nouveau livre de liturgie. C’est aussi le cas des Vaudois d’Italie qui ont un besoin urgent de cantiques nouveaux, car – comme le dit leur délégué – « dans la prédication aussi nous utilisons un autre langage qu’il y a 100 ou 200 ans ». Les multiples projets pour assurer un suivi ont été résumé sous forme d’intercessions lors du culte de clôture, en priant pour la force nécessaire à la poursuite des travaux et en recevant la bénédiction en vue du voyage de retour (Professeur Dr Jochen Arnold, responsable liturgique de la CEPE).

Une prochaine consultation de la CEPE – la troisième – sur la vie cultuelle et liturgique (au plus tôt, elle ne pourrait avoir lieu qu’en 2019 en raison du Jubilé de la Réforme et de l’assemblée générale de la CEPE prévue pour 2018) pourrait se tenir sous le signe de l’évolution actuelle de nos sociétés.  Des mots-clés mentionnés par le groupe furent par exemple des liturgies dans l’espace publique et l’évolution (multi)religieuse en Europe. C’est « Paris » qui a été mentionné spontanément comme lieu de cristallisation de quantité de problèmes urgents.

La Sainte Cène – et quel en est réellement le bénéfice pour nous? Le caractère provocateur de la formulation du thème a été parfaitement perçu par les participants. Comme le disait une déléguée dans sa réponse: dans toute la diversité des problématiques et des pratiques propres aux différentes Églises elle entend toujours à nouveau le « tu » et le « toi » dans la célébration de la Cène. Le Christ dépasse la personne individuelle, et « plus il y a de diversité, plus nous en recueillons le bénéfice. »

 

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